Sauvons Saint-Pierre

Le causse Méjan (dont l’IGN a depuis longtemps estropié le nom en y ajoutant un e fautif) est un de ces lieux, à la fois déshérités si on les considère du point de vue de la démographie et de l’économie, et sublimes si on veut bien les voir tels qu’ils sont : d’une beauté et d’une grandeur dont le mystère vient confiner au sacré lequel englobe et déborde largement toutes les religions.

Ils sont aussi, et il est donc, fragiles, voire menacés de mort lente sous l’effet d’initiatives parfois intempestives et irréfléchies. Nul ne saurait certes décrier le projet de développement ou de simple réhabilitation visant à leur restituer un peu de ce dynamisme qu’il a perdu en des temps déjà lointain. Mais ce n’est certainement pas en tuant le malade, au moyen de soins inappropriés (administrés certes en toute bonne foi ), qu’on lui rendra la santé !

C’est malheureusement ainsi que, croyant assurément bien faire, la municipalité de Saint-Pierre-des-Souches (là encore le latin stirpis ayant été détourné de façon grotesque en "des-Tripiers" !) envisage de créer sur le site un espace de loisir, ambitieusement baptisé "salle d’animation".

Et le lieu choisi, d’une façon qui serait machiavélique et provocante si elle ne procédait pas de la plus confondante naïveté, n’est rien d’autre que celui qui sera le mieux à même de "casser" le site en bafouant ce caractère, encore préservé, qui en fait le charme et, surtout, en venant polluer la vue que l’on peut avoir sur l’admirable église du XII siècle, dont l’érection fut du reste à l’origine du village.

L’idée de détruire de façon irréfléchie et irresponsable la beauté et l’esprit d’un tel lieu, vestige et témoin d’une homogénéité architecturale désormais devenue partout sporadique, est si absurde, suicidaire, et par dessus tout si contraire aux principes élémentaires stipulant et réglementant la préservation des sites qu’on en reste stupéfait ; et l’on est consterné d‘apprendre que l’architecte départemental des Bâtiments de France l’a avalisée en l’état.

On serait au demeurant curieux de savoir ce qu’en penserait la Direction du Patrimoine si elle était informée de cette initiative qui, sans doute innocemment mais gravement, en viendrait à s’identifier à un acte de vandalisme pur et simple. Sous prétexte d’implanter un lieu d’ "animation" ( laquelle, pour qui, selon quelle fréquence et sous quelles conditions ?) et d’augmenter la "capacité d’accueil" en développant artificiellement une politique de "gîtes ruraux" qui gagnerait de fait à s’effectuer en commençant par "récupérer" la vieille maison ruinée, on ferait ainsi se dégrader une part décisive de ce charme dont sont épris les amoureux de l’endroit et les promeneurs qui en vantent la grâce et la dignité.

Alors, par pitié, sur ce causse emblématique, qu’on appelle à juste titre "le causse des causses", ayons la pertinence et la clairvoyance d’innover sans pour autant détruire et invalider, surtout si la cible visée est cela même qui constitue le garant absolu de la beauté, de la grandeur et du mystère de ce qui n’est pas seulement un vestige patrimonial, mais aussi un espace de rêverie et de méditation, et également une preuve exemplaire du goût qu’avaient nos ancêtres pour cet équilibre dynamique entre nature et culture, entre le "milieu" et l’art de construire et d’habiter en harmonie avec lui.

Les riverains, les voisins et les amoureux fidèles
de ce haut lieu de l’esprit, menacé de dégradation.